Finitions

14 07 2017

Déjà, j’en suis aux dernières touches. Déjà je pense à la suite. Déjà, ce n’est plus cet investissement des derniers jours, où j’étais complètement engagé dans cet objet.

Ça y est, elle est terminée. J’ai cette impression que l’on a au dernier jour d’école, où l’on laisse partir ses élèves, sans trop de cérémonies, mais toujours avec un petit pincement de cœur pour ceux-ci qui seront remplacés par d’autres, tout aussi jeunes et fascinants.

Les conjonctures sont de drôles de bêtes. Au moment ou je terminais la cabane, un autre projet se propose, comme un appel du vide. Et moi-même, je suis dans la meilleure des dispositions pour recommencer, retomber dans cette énergie du début, dans cette appréhension des problèmes à venir, dans ce courage d’accomplir quelque chose.

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L’horizon

5 07 2017

Tous les matins, depuis mon arrivée au chateau, je m’assois au même endroit, devant la grande porte du chateau que j’ouvre.  L’air vif du matin entre doucement, et moi, je regarde l’horizon. La scène est tout à fait bucolique, j’entends des conversations étouffées par les murs, sinon tout est calme.

Le projet avance bien, et j’en suis content. Mais mon esprit est à cette idée de regarder l’horizon, comme un appel de l’insaisissable, de l’incommensurable. Et pourtant cette action apaise, appelle à une méditation sans protocole, ni règles, mon regard se portant naturellement sur lui.

 

 





La demande du souffle

4 07 2017

Hier, j’ai fait un choix (subtil) dans la construction de ma cabane. Maintenant, j’ai des doutes, mais je ne peux revenir en arrière, dû aux techniques utilisées, irréversibles. Une fois le madrier scié, une fois le clou posé, il est impossible de refaire sans créer de pertes de bois notables, sans compter le temps qui y a été consacré.

La construction se poursuit, et je dois vivre avec chacune de mes décisions. J’ai beaucoup de pensées envers mes étudiants, qui au travers leurs projets, doivent constamment faire ces choix sur des techniques qu’ils connaissent à peine, sur ces premières lignes avec lesquelles ils doivent vivre jusqu’à la fin d’un projet, auquel ils consacreront des heures.

Pour poursuivre le projet, je relativise et  me dis: «c’est pas trop mal quand même» mais je garde en moi une pensée sombre sur l’alternative: si j’avais fait de l’autre manière, ça aurait été mieux.

J’aimerais ne pas penser ainsi.





La satisfaction de construire

3 07 2017

À la fin de chaque jour, je suis rompu de fatigue, n’ayant pas l’habitude de travailler physiquement. Clouer, scier, se lever et se baisser tant de fois, demande une efficacité que je possède de moins en moins. Cependant, en contrepartie, il y a un objet qui prend forme, qui est à peu près comme je le veux, et dont je tire un grand plaisir:  voir la somme de mes efforts, physiques et réflexifs prendre forme, est un plaisir qui me surprend sans cesse.

Tant que l’on reste étonné par soi-même, tout va bien.





La surveillance

1 07 2017

Évidemment, aussitôt que je le peux, j’essaie le dispositif afin de constater son effet. Aujourd’hui j’ai découvert un aspect particulier de ma cabane. En créant une fente plutôt q’une fenêtre,  j’ai créé une sorte de meurtrière horizontale, qui amène la notion de surveillance, la surveillance de l’horizon. De l’abri, on est protégé et on observe: à l’extérieur, on est  vulnérable, et on est surveillé.

J’ai l’impression de découvrir l’axiome fondamental d’une place forte: la sécurité de l’intérieur  permettant de se projeter, avec ses insécurités de l’extérieur.

Surveiller l’horizon, c’est aussi surveiller le tumulte potentiel qui arrive et  prévoir des actions possibles. L’horizon  donne du temps. Ceci me ramène au concept de Barthes, le ça a été, qui propose que toute image est une annonce potentielle de notre mort.

Je désire cependant construire un endroit accueillant. La deuxième partie amène une certaine convivialité. Il y aura un banc où l’on pourra s’asseoir et une autre fenêtre,  verticale celle-là, qui donnera un autre point de vue.

 





Le chantier

30 06 2017

 

Une fois que la table est mise, une fois que les premières angoisses sont passées, il y a le chantier où le projet n’est que transitions et mises à jour. Certaines parties sont complétées; d’autres demandent encore réflexion. Je soupèse, j’évalue et je mesure des pièces qui n’existent que dans ma tête.

Déjà certaines (petites) erreurs sont définitives, et demande un ajustement de la suite des choses. Ce seront des défauts qui ne seront visibles qu’à mon oeil, qui contient les premières intentions de cette construction.

Quelques personnes essaient le dispositif de l’horizon et  sont étonnés de le voir de manière nouvelle, malgré le nombre formidable de fois où il est dans leur champ de vision. Je me rappelle maintenant le travail de Gabor Ozc, Liquid horizon, qui portait sur la surveillance du vide de la mer, en utilisant des bunkers en tant que camera oscura.





Les clous

29 06 2017

À l’origine, je devais assembler le projet avec des vis, car c’est ce que je connais. Mais devant ces vis difficiles à poser (des vis à tête étoilée) je me suis replié sur les clous, ce qui demande une toute autre approche pour la construction. Ils sont apparents, ils sont vétustes à mes yeux de citadin, mais je dois avouer qu’il détiennent un charme insoupçonné.

C’est le choc physique et violent qui fait entrer le clou; c’est un moteur électrique qui fait doucement pénétrer la vis. C’est aussi un contact littéral avec les images du langage qu’on utilise: je pense à «frapper sur le même clou» «cloué au lit» «clouer le bec de quelqu’un». En rapportant ceci au geste tant de fois répété aujourd’hui, j’y vois une violence inattendue, surprenante.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il est difficile de bien planter un clou. Mes premières exécutions m’ont rappelé la dextérité que cela prenait. Finalement, j’arrive à faire un travail convenable, sans trop endommager les environs. Car il y a aussi cela de particulier au clou: une fois posé, il est difficile, voir impossible de l’enlever sans briser la pièce fixée, ce qui rend les changements beaucoup moins envisageables…

Une fois clouées, les planches brutes sont en accord avec cette dureté, qui reflète une époque où l’industrie n’avait pas réponse à tous les besoins en créant des désirs artificiels. Si l’on voulait une maison, il fallait la construire. À cette époque, les gens généraient encore des objets concrets, à partir de matières brutes.

Finalement, j’aime bien ces clous!